LE MARIAGE DU CIEL ET DE L’ENFER




William Blake
















INTRODUCTION




Le Mariage du Ciel et de l’Enfer dont nous donnons ici la traduction 
complète, parut en 1790. C’est le plus significatif et le moins touffu des 
« Livres prophétiques » du grand mystique anglais, à la fois peintre et 
poète.
J’ai conscience que cette oeuvre étrange rebutera bien des lecteurs. 
En Angleterre elle demeura longtemps presque complètement ignorée; 
bien rares sont, encore aujourd'hui, ceux qui la connaissent et 
l'admirent. Stvinburne fut un des premiers à en signaler l'importance. 
Rien n'était plus aisé que d'y cueillir les quelques phrases pour l'amour 
desquelles je décidai de la traduire. Quelques attentifs sauront peut~être 
les découvrir sous l'abondante frondaison qui les protège.
-	Mais pourquoi donner le livre en entier?
-	Parce que je n’aime pas les fleurs sans tige.


A.	G.














RINTRAH rugit et secoue ses feux dans l'air épais;
D'affamés nuages hésitent sur l’abîme.
Jadis débonnaire et par un périlleux sentier,
L'homme juste s'acheminait
Le long du vallon de la mort.
Où la ronce croissait on a planté des roses
Et sur la lande aride
Chante la mouche à miel.
Alors, le périlleux sentier fut bordé d'arbres,
Et une rivière, et une source
Coula sur chaque roche et tombeau;


Et sur les os blanchis
Le limon rouge enfanta.


Jusqu'à ce que le méchant eût quitté les sentiers faciles
Pour cheminer dans les sentiers périlleux et chasser
L'homme juste dans des régions arides.


A présent le serpent rusé chemine
En douce humilité
Et l'homme juste s'impatiente dans déserts
Où les lions rôdent


Rintrah rugit et secoue ses feux dans l'air épais;
D'affamés nuages hésitent sur l’abîme.




Puisqu’un nouveau ciel est commencé et qu'il y a maintenant trente-trois ans
D’écoulés depuis son avènement: l'Eternel Enfer se ranime.
Et voici! Swedenborg est cet ange qui se tient assis sur la tombe: ses écrits sont 
ces linges pliés.
C'est à présent la domination d'Edom et la rentrée d'Adam dans le Paradis - 
Voir Isaïe, XXXIV et XXXV.


Sans contraintes il n'est pas de progrès.


Attraction et Répulsion, Raison et Energie, Amour et Haine, sont nécessaires à 
l'existence de l'homme.
De ces contraintes découlent ce que les religions appellent le Bien et le Mal.
Le Bien (disent-elles) est le passif qui se soumet à la Raison. Le Mal est l'actif 
qui prend source dans l'Energie.
Bien est Ciel, Mal est Enfer.






LA VOIX DU DIABLE




Toutes les Bibles, ou codes sacrés, ont été cause des erreurs suivantes :
1° Que l'homme a deux réels principes existants, à savoir : un corps et une âme.
2° Que l'Energie, appelée le Mal, ne procède que du corps, et que la Raison 
appelée Bien ne procède que de l'âme.
3° Que Dieu torturera l'homme durant l’ Eternité pour avoir suivi ses énergies.
Mais contraires à celles-ci, les choses suivantes sont vraies
1° L'homme n'a pas un corps distinct de son âme, car ce qu'on appelle corps est 
une partie de l'âme perçue par les cinq sens, principales entrées de l'âme dans cette 
période de vie.
2° L'énergie est la seule vie; elle procède du corps, et la Raison est la borne de 
l'encerclement de l'E'nergie.
3° Energie est Eternel délice.




Ceux qui répriment leur désir, sont ceux dont le désir est assez faible pour être 
réprimé ; et l'élément restricteur ou raison usurpe alors la place du désir et gouverne 
celui dont la volonté abdique.
Et le désir réprimé peu à peu devient passif jusqu’à n’être plus que l'ombre du 
désir.
 La relation de cela est consignée dans le Paradis Perdu, et le Dominateur,  
c'est-à-dire la Raison, y a nom Messie. Et l'Archange originel ou capitaine de 
l'armée céleste y est appelé Diable ou Satan, et ses enfants y sont appelés Mort et 
Péché.




Mais dans le livre de Job, le Messie de Milton a nom Satan. Car cette relation a 
été adoptée par les deux parties. Assurément, il semble à Raison que Désir a été 
chassé, mais le rapport du Diable c'est que le Messie tomba et construisit un ciel 
avec ce qu’il dérobait à l’abîme.
Ceci est révélé dans l'Evangile, où nous le voyons prier le Père d'envoyer le 
Consolateur, ou Désir, afin que Raison puisse avoir des Idées pour construire - le 
Jéhovah de la Bible n'étant autre que celui qui habite dans le feu flamboyant.
Apprends qu'après sa mort, c'est le Christ qui devint Jéhovah.
Mais dans Milton, le Père est le Destin; le Fils, une Raison des Cinq sens, et le 
Saint-Esprit, le Néant!
Note. Ce qui fit que Milton écrivait dans la gêne lorsqu'il parlait des Anges et 
de Dieu, dans l'aisance lorsque des Démons et de l'Enfer, c'est qu'il était un vrai 
poète et du parti des Démons, sans le savoir.




VISION MÉMORABLE




Tandis que je marchais parmi les flammes de l'Enfer, et faisais mes délices du 
ravissement du génie, que les Anges considèrent comme tourment et folie, je 
recueillis quelques-uns de leurs Proverbes; car de même que les dictons en usage 
chez un peuple portent la marque du caractère de celui-ci, j'ai pensé que les Pro-
verbes de l'Enfer manifestent la nature de la Sagesse Infernale, mieux qu'aucune 
description d'édifices ou de vêtements.
Quand je revins chez moi, sur l'abîme de mes cinq sens, là où un plateau 
surplombe abruptement le présent monde, je vis un puissant Démon enveloppé de 
nuages noirs, planant au-dessus des parois du roc : avec de corrodantes flammes il 
écrivit la sentence suivante, à présent perçue par les cerveaux des hommes et lue 
par eux sur la terre :


Ne comprends-tu donc pas que le moindre
oiseau qui fend l'air
Est un immense monde de délices fermé
par tes Cinq sens!












PROVERBES DE L'ENFER




Dans le temps des semailles, apprends;
dans le temps des moissons, enseigne;
et en hiver, jouis.


Conduis ton char et ta charrue par-dessus les ossements des morts.


Le chemin de l'excès mène au palais de la Sagesse.


La Prudence est une riche et laide vieille fille à qui l'incapacité fait la cour.


Le Désir non réalisé engendre la pestilence.


Le ver que coupe la charrue, lui pardonne.


Celui qui aime l'eau, qu'on le plonge dans la rivière.


Un sage ne voit pas le même arbre qu'un fou.


Celui dont le visage est sans rayons ne deviendra jamais une étoile.


Des ouvrages du temps l'Eternité reste amoureuse.


La diligente abeille n'a pas de temps pour la tristesse


Les heures de la folie sont mesurées par l'horloge, mais celles de la sagesse 
aucune	horloge ne les peut mesurer.


Les seules nourritures salubres sont celles que ne prend ni nasse ni 
trébuchet.


Livre de comptes, toise et balance garde cela pour les temps de disette.


L'oiseau ne vole jamais trop haut, qui vole de ses propres ailes.


Un corps mort ne venge pas d'une injure.


L'acte le plus sublime, c'est de placer un autre avant soi.


Si le fou persévérait dans sa folie, il rencontrerait la Sagesse.


Insanité, masque du fourbe.
Pudeur, masque de l'orgueil.


C'est avec les pierres de la Loi qu' on a bâti les prisons et avec les briques 
de la religion, les bordels.


Orgueil du paon, gloire de Dieu;
Lubricité du bouc, munificence de Dieu;
Colère du lion, sapience de Dieu;
Nudité de la femme, travail de Dieu.


L'excès de chagrin rit; l'excès de plaisir, pleure.


Le rugissement des lions, le hurlement des loups, le soulèvement de la mer 
en furie et le glaive destructeur, sont des moments d'éternité trop énormes 
pour l' oeil des hommes.


Renard pris n'accuse que le piège.


La joie féconde, la douleur accouche.


Que l'homme vête la dépouille du lion; la femme, la toison de la brebis.


A l'oiseau le nid; à l'araignée la toile; à l'homme l'amitié.


Le	fou égoïste et souriant, et le fou morne et renfrogné, seront tenus tous 
deux pour sages, et serviront de verge et de fléau.


Evidence  d'aujourd'hui,  imagination d'hier.


Le rat, la souris, le renard, le lapin, regardent  vers les racines; le lion, le 
tigre, le cheval, l'éléphant regardent vers les fruits.


Citerne contient, fontaine déborde.


Une pensée, et l'immensité est emplie.


Sois toujours prêt à dire ton opinion, et le lâche t'évitera.


Tout ce qu'il est possible de croire, est un miroir de vérité.


L'aigle jamais n'a perdu plus de temps, qu'en écoutant les leçons du corbeau.


Le renard se pourvoit, Dieu pourvoit au lion.


Le matin, pense; à midi, agis; le soir, mange; la nuit, dors.


Qui s'en est laissé imposer par toi, te connaît.


La charrue ne suit pas plus les paroles que la récompense de Dieu les prière.


*	Littéralement:  Comme la charrue suit les paroles ainsi Dieu récompense les prières.


Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir.


N'attends que du poison des eaux stagnantes.


Celui-là seul connaît la suffisance, qui d'abord a connu l'excès.*


*	Littéralement:  Tu ne peux connaître ce qui est assez, que si tu as connu d'abord ce qui est plus 
qu'assez.


Souffrir les remontrances du fou: privilège royal.


Yeux, de feu; narines, d'air; bouche, d'eau; barbe de terre.


Pauvre en courage est riche en ruse.


Le pommier pour pousser ne prend point conseil du hêtre; ni le lion, ni le 
cheval pour se nourrir.


Aux reconnaissants, les mains pleines.


C'est parce. que d'autres ont été fous, que nous, nous pouvons ne, pas l'être.*


*	Littéralement  Si d'autres n'avaient pas été fous, c'est nous qui devrions l'être.




L' âme du doux plaisir ne peut être souillée..


Si plane un aigle, lève la tête : tu contemples une parcelle de génie.


De même que la chenille choisit, pour y poser ses oeufs, les feuilles les plus 
belles; ainsi le prêtre pose ses. malédictions sur nos plus belles joies.


Pour créer la moindre fleur, des siècles ont travaillé.


Malédiction tonifie; Bénédiction lénifie.


Le meilleur vin, c'est le plus vieux; la meilleure eau, c'est la plus neuve.


Les prières, ne labourent pas! Les louanges, ne moissonnent pas! Les joies, 
ne rient pas ! Les chagrins, ne pleurent pas!


Tête, le Sublime; coeur, le Pathos; génitoires, la Beauté; pieds et mains, la 
Proportion.


Tel l'air à l'oiseau, ou la mer au poisson, le mépris à qui le mérite.


Le corbeau voudrait que tout soit noir, et le hibou que tout soit blanc.




Exubérance, c'est Beauté.


Le lion serait rusé, si conseillé par le renard. La culture trace des chemins 
droits; mais les chemins tortueux sans profit sont ceux-là mêmes du génie


Plutôt étouffer un enfant au berceau, que de bercer d'insatisfaits désirs.*
*	Plus exactement  des désirs inagis..




L'homme absent, la nature est stérile.


La vérité, jamais ne peut être dite de telle manière qu'elle soit comprise et ne 
soit pas crue.


Suffisamment - ou davantage. encore.


















Les poètes de l'antiquité peuplaient le monde sensible de dieux et de génies, 
auxquels ils donnaient les noms - et qu'ils revêtaient des attributs - des bois, des 
ruisseaux, des montagnes, des lacs, des peuples, des cités, et de quoi que ce soit que 
leurs nombreux sens élargis pussent atteindre.
Ils étudiaient particulièrement le génie de chaque ville et de chaque contrée, 
plaçant celui sous la tutelle de sa déité spirituelle;
Mais bientôt, pour l'avantage de quelques-uns, et pour l'asservissement de la 
masse, un effort fut tenté d'abtsraire ces déités, qui s'échappèrent ainsi de leur 
matérialité première : les prêtres entrèrent en scène.
Instituant les rites, d'après les premiers récits des poètes,
Et finalement les prêtres déclarèrent qu'ainsi l'avaient voulu les Dieux.
Les hommes oublièrent alors que; seul, le coeur de l'homme est le lieu de 
toutes les déités.








VISION MEMORABLE




Les prophètes Isaïe et Ezéchiel soupaient avec moi. Je leur demandai comment 
ils osaient si librement affirmer que Dieu leur parlait. N'avaient-ils point songé, ce 
faisant qu'ils risquaient de n'être pas compris, et de prêter appui à l'imposture?
Isaïe répondit: « Certes, je ne vis ni n'entendis aucun Dieu par quelque 
perception limitée de mes organes, mais mes sens découvrirent l'infini dans chaque 
chose, et dès lors je me convainquis de ceci, dont je demeure persuadé : que la voix 
de l'indignation sincère est voix de Dieu; je ne m'inquiétai point des conséquences; 
j'écrivis.


- Pour qu'une chose soit, demandai-je alors, la ferme conviction qu'elle est, 
suffit-elle? »
Il répondit : «Les poètes le croient. Cette ferme conviction, dans les siècles 
d'imagination, remuait les montagnes; mais peu nombreux sont ceux capables, en 
quoi que d'une conviction véritable.»
 Ezéchiel dit alors :  « La philosophie de l'Orient enseigna les premiers 
principes de la perception humaine, telle nation voyait de l'origine dans tel principe, 
telle autre nation dans tel autre principe; nous d'Israël, enseignâmes que le génie 
poétique - ainsi que vous le nommez maintenant - était le principe initial, et que 
tous les autres en dérivaient; de là notre mépris pour les prêtres et les philosophes 
des autres contrées, et c’ est pourquoi nous allions prophétisant que tous les dieux 
trouvaient en nous leur origine, comme il serait enfin prouvé, tributaires du Génie 
Poétique; c'était là ce que notre grand poète-roi David désirait avec tant de ferveur 
et invoquait si pathétiquement, à quoi, disait-il, il devait l' assujettissment des 
ennemis et le gouvernement des royaumes; et nous aimions notre Dieu jusqu'à 
maudire ,en son nom toute autre déité des nations environnantes et que nous 
déclarions révoltées; de sorte que le vulgaire vient à penser que toutes les nations 
seraient à la fin soumises aux Juifs. Cela, dit-il, fut appelé à se réaliser, ainsi que 
toutes les fermes convictions, car toutes les nations reconnaissent présentement le 
code juif et vénèrent le Dieu des Juifs. Or peut-il y avoir sujétion plus grande? »


J'entendis tout cela avec stupeur et dus confesser ma conviction personnelle.


Après le repas, je priai Isaïe d'accorder au monde la révélation de ses oeuvres 
perdues; il me dit qu'il ne s'en était perdu aucune qui eût quelque valeur. Ezéchiel 
me parla de même.
 Je demandai alors à Isaïe pour quel motif il était allé, corps et pieds nus, durant 
trois ans. Il répondit: «Pour le même motif qui fit aller ainsi notre ami Diogène, le 
Grec.»
Je demandai à Ezéchiel ce qui le fit manger des excréments et rester si 
longtemps de suite, gisant sur le flanc droit ou le flanc gauche? Il répondit : «Le 
désir d'élever les autres hommes jusqu'à la perception de l'infini; les tribus de 
l'Amérique du Nord ont des pratiques semblables; et celui-là est-il honnête qui 
résiste à son génie ou à sa conscience, pour le seul amour de ses aises et d'une 
présente satisfaction? »








L'ancienne tradition, selon laquelle le monde doit être consumé par le feu, au 
bout de six mille ans, est vraie, ainsi que je l'ai appris de l'Enfer.
Car le Chérubin au glaive de flamme sera relevé de sa garde auprès de l'Arbre 
de Vie, et aussitôt la création entière sera consumée, et tout ce qui maintenant nous 
paraît fini et corrompu, nous apparaîtra infini et pur.
Ceci sera obtenu par une amélioration de la jouissance sensuelle.
Mais tout d'abord cette distinction entre le corps humain et l'âme humaine 
devra être abolie; ceci je l'obtiendrai, en imprimant selon la méthode infernale, avec 
des corrosifs, qui dans l'Enfer sont des vulnéraires et des baumes - qui volatilisent 
les surfaces apparentes et découvrent l'infini que celles-ci dissimulaient.
Si les fenêtres de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à 
l'homme, - ainsi qu'elle l'est -infinie.
Car l' homme s'est lui-même enfermé jusqu’à ne plus rien voir qu'à travers les 
fissures étroites de sa caverne.




VISION MÉMORABLE




J’étais dans une imprimerie, en Enfer, et je vis la méthode par laquelle est 
transmis, de génération en génération, le savoir.
Dans la première chambre, était un Dragon-homme, balayant les gravats à la 
bouche d'une caverne; à l'intérieur, plusieurs dragons approfondissaient la caverne.
Dans la seconde chambre, était une vipère enroulé autour du roc et de la 
caverne, et d’autres ornant celle-ci avec de l'or, de l'argent et des pierreries.
Dans la troisième chambre, je vis un aigle, dont les ailes et les plumes étaient 
d'air; et il rendait l'intérieur de la caverne infini; alentour, nombre d'aigles, pareils à 
des hommes, édifiaient des palais sur les rocs immenses.
Dans la quatrième chambre, des lions de flamme ardente tournaient furieux, et 
fondaient les métaux en fluides vivants.
Dans la cinquième chambre, des formes sans nom jetaient les métaux dans 
l'espace
Ceux-ci étaient reçus dans la sixième chambre par des hommes; ils y prenaient 
l'aspect de livres et formaient des bibliothèques.




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Les géants qui amenèrent ce monde à son existence sensuelle, et qui depuis 
semblent y vivre enchaînés, sont véritablement les principes de sa vie et les 
générateurs de toute activité; mais les chaînes sont les ruses des esprits faibles et 
soumis, qui ont pouvoir de résister à l'énergie; selon ce que dit le proverbe : pauvre 
en courage est riche en ruse.
Ainsi, une portion de l'être est le Prolifique, l'autre portion le Dévorant : il 
semble au Dévorant qu'il tient le Producteur dans ses chaînes; mais cela n’est point; 
il ne tient que des portions d'existence et s'imagine qu'il tient le tout.
Mais le Prolifique cesserait d'être prolifique Si le Dévorant comme une mer, n' 
absorbait l'excès de ses délices.
Certains diront : Dieu n' est-il pas seul Prolifique?
Je réponds : Dieu seul Agit et Est, dans les êtres existants ou hommes.
Il y a et il y aura toujours sur la terre ces deux classes d'hommes, et elles seront 
toujours ennemies; essayer de les réconcilier, c'est s'efforcer de détruire l'existence.
La Religion est un effort pour les réconcilier.


Note : Jésus-Christ a désiré - non les unir, mais les séparer, ainsi que nous le 
voyons dans la parabole des brebis et des boucs! Et ne disait-il pas : Je suis venu 
pour apporter non pas la Paix, mais le Glaive.
Le Messie ou Satan, ou Tentateur, était d’abord considéré comme un des 
Antédiluviens c'est-à-dire: une de nos Energies.




VISION MÉMORABLE




Un ange vint vers moi et dit : «O pitoyable jeune fou ! O horrible! O état 
effroyable! Considère le cachot embrasé que tu te prépare à toi-même, pour toute 
l'éternité, et vers où te mène le chemin que tu suis. »


Je dis : «Peut-être voudrez-vous bien me montrer mon lot éternel, ou nous le 
contemplerons ensemble et nous verrons, de, votre lot et du mien, lequel est le plus 
désirable. »
Il me fit alors pénétrer dans une étable, puis dans une église, puis, au-dessous, 
dans la crypte de l'église, à l'extrémité de laquelle	il y avait un moulin. Nous 
pénétrâmes dans le moulin; et au delà était une cave. En tâtonnant, nous suivîmes 
une pénible route, en spirale, qui descendait à travers la caverne, jusqu'à un espace 
vide, sans limites, qui s'ouvrit au-dessous de nous, comme un ciel;	et nous retenant 
aux racines des arbre, nous
pendîmes au-dessus de cette immensité. Je dis alors: « Ange, ,si vous le voulez 
bien, nous nous abandonnerons à ce vide et verrons si la Providence est là aussi. Si 
vous ne le voulez point, moi je le veux. » Mais l'ange répondit : « Jeune 
présomptueux, ne suffit-il pas, tandis que nous demeurerons ici, que nous 
contemplions ton lot; il va bientôt nous apparaître quand cessera l'obscurité. »
Je demeurai donc près de lui, assis dans l'entrelacs des racines d'un chêne; et lui 
se retenait accroché à un champignon qui pendait, tête en bas, sur l'abîme.
Peu à peu, la profondeur infinie devint distincte, rougeoyante comme la fumée 
d'une ville incendiée; au-dessous de nous, à une 	immense distance, était le soleil, 
noir mais luisant; alentour du soleil, des lignes de feu sur lesquelles d'énormes 
araignées évoluaient, se traînant vers leurs proies : lesquelles voletaient, nageaient 
plutôt, dans la profondeur infinie, sous forme d'animaux très affreux, issus de la 
corruption, et l'espace en était tout empli et paraissait composé d'elles : ce sont là 
les Démons, et on les nomme Puissances de l’air.
Je demandai donc à mon compagnon quel était mon lot éternel. Il répondit : « 
Entre les araignées noires et blanches. » Mais à ce moment, d'entre les araignées 
noires et blanches, une nuée de flamme éclata roulant à travers l'abîme, assombris-
sant tout ce qui se trouvait au-dessous d'elle, de sorte que la profondeur inférieure 
devint noire comme une mer et s'agita avec un bruit terrible : au-dessous de nous, il 
n'était plus rien qu'on pût voir, qu'une noire tempête, lorsque, regardant vers l'Est, 
nous distinguâmes vers les nuées et les vagues, une cataracte de sang mêlé de feu 
et, distant de nous seulement de quelques jets de pierre, apparut et plongea de 
nouveau le repli écailleux d'un monstrueux serpent; vers l'Est enfin, distant 
d'environ trois degrés, une crête enflammée apparut au-dessus des vagues: 
lentement cela s'éleva semblable à une rangée de rocs d'or, et nous vîmes deux 
globes de feu cramoisi, desquels s'échappait la mer en nuages de fumée, et nous 
comprîmes alors que c 'était la tête de Léviathan : son front était divisé par des 
stries de vert et de pourpre, semblables à celles sur le front d'un tigre; bientôt nous 
distinguâmes sa gueule; ses branchies rouges pendaient juste au-dessus de l'écume 
en furie et teignaient de rais de sang le gouffre noir, avançant vers nous avec tout 
l'emportement d'une spirituelle existence.






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L’ange, mon ami, grimpa de son poste dans le moulin: je demeurai seul, et 
voici; cette apparence n 'était plus; je me trouvai couché sur une plaisante terrasse, 
au bord d'une rivière, au clair de lune, écoutant un joueur de harpe qui chantait en 
s'accompagnant, sur ce thème: L'homme qui ne change jamais d'opinion, est 
comparable à l'eau stagnante; il fomente les serpents de l'esprit.
Puis je me levai et partis à la recherche du moulin où je trouvai mon Ange, qui, 
surpris me demanda comment j'avais échappé. Je répondis: «Tout ce qu'ensemble 
nous avons vu, procédait de votre métaphysique; car, sitôt après votre fuite, je me 
suis trouvé sur une terrasse, écoutant un joueur de harpe, au clair de lune. Mais  à 
présent que nous avons vu mon lot éternel, vous montrerai-je le vôtre? » Ma 
proposition le fit rire, mais moi, soudain, je le saisis entre mes bras et fendis, en 
volant, la nuit occidentale; et nous nous élevâmes ainsi jusqu'au-dessus de l'ombre 
de la terre: alors je me lançai avec lui tout droit dans le corps du soleil; et là je me 
revêtis de blanc et, prenant dans mes mains les livres de Swedenborg, je plongeai 
loin du glorieux climat, et outrepassant les planètes, nous atteignîmes Saturne. Là, 
je m'arrêtai pour me reposer; puis m'élançai dans le vide, entre Saturne et les étoiles 
fixes.
« Voici ton lot, lui dis-je, ici; dans cet espace - Si espace ceci peut être nommé. 
»
Bientôt nous vîmes l'étable et l’église;;, et je l'emmenai vers l'autel et j'ouvris la 
Bible, et voici : c'était un puits profond dans lequel je descendis, faisant passer 
l'ange devant vîmes bientôt sept maisons de nous entrâmes dans l'une d'elles; il y 
avait là quantité de singes babouins et d’autres de cette espèce, enchaînés par le 
milieu du corps, grimaçants et s'agrippant l’un à l'autre, mais empêchés par le peu 
de longueur de leurs chaînes. Pourtant je les vis qui parfois devenaient plus 
nombreux, et le fort alors s'emparait du faible, et toujours grimaçant ils 
s'accouplaient d'abord, puis s'entre-dévoraient, arrachant un membre, d’abord, puis 
un autre, de sorte que bientôt il ne restait plus qu'un tronc misérable, lequel ils 
embrassaient d'abord avec des grimaces de feinte tendresse, puis finissaient par 
dévorer également. De-ci de-là, j'en vis qui épluchaient, avec gourmandise, la chair 
de leur propre queue La puanteur nous incommodait grandement tous deux; nous 
rentrâmes dans le moulin; ma main ramena le squelette d'un corps; c'était les 
Analytiques d'Aristote.
L'Ange me dit alors : « Ta fantaisie m’en a fait accroire, et de cela tu devrais 
rougir. »


Je répondis : « Réciproquement chacun de nous en fait accroire à l'autre; c'est 
vraiment perdre son temps que de converser avec toi qui n'as su produire que des 
Ana lytiques. »




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Il m'a toujours paru que les Anges avaient la vanité de parler d’eux-mêmes 
comme étant seuls sages; ils font cela avec la confiance insolente qui naît du 
rayonnement systématique.
C'est ainsi que Swedenhorg se vante d'avoir écrit des choses neuves - bien que 
ce ne soit qu'une table des matières ou un catalogue de livres précédemment 
publiés.
Un homme conduisait un singe pour une parade, et parce qu'il était un peu plus 
sensé que le singe, il s'enflait de vanité et se considérait comme plus sage que sept 
autres hommes.
Tel est le cas de Swedenborg il dénonce la folie des églises et démasque les 
hypocrites et en vient à imaginer que tous les hommes sont religieux et qu'il est le 
seul sur terre qui jamais rompit les mailles du filet.
Maintenant écoutez: ceci est un fait évident : Swedenborg n'a pas écrit une 
seule vérité neuve.
Et ceci en est un autre :Il a écrit toutes les vieilles faussetés.
Et maintenant écoutez la raison : il conversait avec les Anges qui tous sont 
religieux et ne conversait pas avec les Démons qui tous haïssent la Religion   car il 
en était incapable à cause de sa fatuité intellectuelle,*
C'est ainsi que les écrits de Swedenborg ne sont qu'une récapitulation de toutes 
les


*	Ou peut-être  à cause de ses opinions préconçues (concceited notions)






opinions artificielles, et qu'une analyse des opinions les plus sublimes; rien de 
plus.
Voici maintenant un autre fait évident:


N’importe quel homme au talent mécanique peut s'aidant des écrits de 
Paracelse ou
de Jacob de  Boehme, produire dix mille volumes de valeur égale à ceux de 
Swedenborg, en s’aidant de ceux de Dante ou de Shakespeare des volumes en 
nombre infini.


Mais après qu'il aurait fait cela, qu'il ne vienne pas prétendre qu'il en sait plus 
que son, maître, car simplement il tient une chandelle en plein midi.




VISION MEMORABLE




Un jour, je vis un démon dans une flamme de feu, qui surgit devant un Ange 
assis sur un nuage; et le démon dit ces mots:
«Le culte de Dieu est de rendre honneur à ses dons dans d'autres hommes, à 
chacun selon son génie, aux plus grands le meilleur amour. Envier ou calomnier les 
grands hommes, c'est haïr Dieu, car il n'est pas d'autre Dieu »
L'ange en entendant ces mots, devint presque bleu; mais, se maîtrisant, il 
jaunit, puis enfin tourna au blanc rose; et souriant il répliqua :
«O idolâtre, Dieu n'est pas un? Et n’ est-t-il pas visible en Jésus-Christ ? Et 
Jésus-Christ n’a-t-il pas donné son assentiment à la loi des dix commandements? et 
tous les autres hommes ne sont-il pas des insensés, des pécheurs, des zéros? »
 Le démon répondit: « Broie l'insensé comme le grain de blé sous la meule! Tu 
ne sépareras pas de lui sa folie . Si Jésus-Christ est le plus grand des hommes, tu lui 
dois le plus grand amour. Mais écoute à présent comme il a donné son assentiment  
à la loi des dix commandements: ne s’est-t-il pas moqué du sabbat, moquant ainsi le 
sabbat de Dieu? N'a-t-il pas meurtri ceux qui furent meurtris en son nom? Détourné 
la loi de la femme adultère? Volé le travail de ceux qui le faisaient vivre? Toléré le 
faux témoignage en refusant de se défendre contre  Pilate? Convoité lorsqu'il priait 
pour ses disciples et qu'il leur enjoignait de secouer la poussière de leurs sandales 
contre ceux qui refusaient de les loger ? »
Je vous le dis, nulle vertu ne peut exister qu’elle ne brise ces dix 
commandements. Jésus était tout vertu ; il agissait par impulsion, non selon les 
règles.
Après qu’il eut ainsi parlé, je regardai l’Ange ; il écarta les bras, embrassa la 
flamme de feu, fut consumé et resurgit en Elisée.
Note : Cet ange qui maintenant est devenu démon, est mon ami particulier ; 
nous lisons souvent la Bible ensemble, dans son sens infernal ou diabolique – que 
le monde connaîtra s’il se conduit bien.
J’ai aussi : la Bible de l’Enfer, que le monde connaîtra, qu’il le veuille ou non.




Une même Loi pour le Lion et pour le Boeuf, c’est Oppression.

The Marriage of Heaven and Hell 



PLATE 2
         The Argument.




Rintrah roars & shakes his fires in the burdend air;
Hungry clouds swag on the deep


Once meek, and in a perilous path,
The just man kept his course along 
The vale of death.
Roses are planted where thorns grow.
And on the barren heath
Sing the honey bees.


Then the perilous path was planted:
And a river, and a spring
On every cliff and tomb;
And on the bleached bones
Red clay brought forth.


Till the villain left the paths of ease,
To walk in perilous paths, and drive
The just man into barren climes.


Now the sneaking serpent walks
In mild humility.
And the just man rages in the wilds
Where lions roam.


Rintrah roars & shakes his fires in the burdend air;
Hungry clouds swag on the deep.
     ____________________________________________


PLATE 3


  As a new heaven is begun, and it is now thirty-three years
since its advent: the Eternal Hell revives. And lo! Swedenborg is
the Angel sitting at the tomb; his writings are the linen clothes
folded up. Now is the dominion of Edom, & the return of Adam into
Paradise; see Isaiah XXXIV & XXXV Chap:
  Without Contraries is no progression.  Attraction and
Repulsion, Reason and Energy, Love and Hate, are necessary to
Human existence.
  From these contraries spring what the religious call Good &
Evil. Good is the passive that obeys Reason[.] Evil is the active
springing from Energy.
  Good is Heaven. Evil is Hell.


PLATE 4
          The voice of the Devil




  All Bibles or sacred codes. have been the causes of the
  following Errors.


  1. That Man has two real existing principles Viz: a Body & a
     Soul.
  2. That Energy. calld Evil. is alone from the Body. & that
     Reason. calld Good. is alone from the Soul.
  3. That God will torment Man in Eternity for following his
     Energies.
  
  But the following Contraries to these are True
  
  1. Man has no Body distinct from his Soul for that calld Body is
     a portion of Soul discernd by the five Senses. the chief inlets
     of Soul in this age
  2. Energy is the only life and is from the Body and Reason is
     the bound or outward circumference of Energy.
  3. Energy is Eternal Delight
                 _______________________________________


PLATE 5


  Those who restrain desire, do so because theirs is weak enough
to be restrained; and the restrainer or reason usurps its place &
governs the unwilling.
  And being restraind it by degrees becomes passive till it is
only the shadow of desire.
  The history of this is written in Paradise Lost. & the Governor
or Reason is call'd Messiah.
  And the original Archangel or possessor of the command of the
heavenly host, is calld the Devil or Satan and his children are
call'd Sin & Death
  But in the Book of Job Miltons Messiah is call'd Satan.
  For this history has been adopted by both parties
  It indeed appear'd to Reason as if Desire was cast out. but the
Devils account is, that the Messi[PL 6]ah fell. & formed a heaven
of what he stole from the Abyss
  This is shewn in the Gospel, where he prays to the Father to
send  the comforter or Desire that Reason may have Ideas to build
on, the Jehovah of the Bible being no other than he, who dwells
in flaming fire.                                                
   Know that after Christs death, he became Jehovah.
   But in Milton; the Father is Destiny, the Son, a Ratio of the
five senses. & the Holy-ghost, Vacuum!
   Note.  The reason Milton wrote in fetters when he wrote of
Angels & God, and at liberty when of Devils & Hell, is because he
was a true  Poet and of the Devils party without knowing it




          A Memorable Fancy.


   As I was walking among the fires of hell, delighted with the 
enjoyments of Genius; which to Angels look like torment and
insanity. I collected some of their Proverbs: thinking that as
the sayings used in a nation, mark its character, so the Proverbs
of Hell, shew the nature of Infernal wisdom better than any
description of buildings or garments.
   When I came home; on the abyss of the five senses, where a
flat  sided steep frowns over the present world. I saw a mighty
Devil folded in black clouds, hovering on the sides of the rock,
with cor[PL 7]roding fires he wrote the following sentence now
percieved by the minds of men, & read by them on earth.         


   How do you know but ev'ry Bird that cuts the airy way,
   Is an immense world of delight, clos'd by your senses five?




          Proverbs of Hell.


In seed time learn, in harvest teach, in winter enjoy.


Drive your cart and your plow over the bones of the dead.
The road of excess leads to the palace of wisdom.


Prudence is a rich ugly old maid courted by Incapacity.
He who desires but acts not, breeds pestilence.                 


The cut worm forgives the plow.


Dip him in the river who loves water.


A fool sees not the same tree that a wise man sees.
He whose face gives no light, shall never become a star.
Eternity is in love with the productions of time.             
The busy bee has no time for sorrow.
The hours of folly are measur'd by the clock, but of wisdom: no
     clock can measure.


All wholsom food is caught without a net or a trap.
Bring out number weight & measure in a year of dearth.
No bird soars too high. if he soars with his own wings.       


A dead body. revenges not injuries.


The most sublime act is to set another before you.


If the fool would persist in his folly he would become wise
Folly is the cloke of knavery.


Shame is Prides cloke.                                         




PLATE 8


Prisons are built with stones of Law, Brothels with bricks of
     Religion.
The pride of the peacock is the glory of God.
The lust of the goat is the bounty of God.
The wrath of the lion is the wisdom of God.
The nakedness of woman is the work of God.                     


Excess of sorrow laughs. Excess of joy weeps.


The roaring of lions, the howling of wolves, the raging of the
    stormy sea,    and the destructive sword. are portions of
    eternity too great for the eye of man.


The fox condemns the trap, not himself.


Joys impregnate.  Sorrows bring forth.


Let man wear the fell of the lion. woman the fleece of the sheep.


The bird a nest, the spider a web, man friendship.


The selfish smiling fool. & the sullen frowning fool. shall be
    both thought wise. that they may be a rod.


What is now proved was once, only imagin'd.
The rat, the mouse, the fox, the rabbet; watch the roots, the
     lion, the tyger, the horse, the elephant, watch the fruits.


The cistern contains: the fountain overflows                    
One thought. fills immensity.
Always be ready to speak your mind, and a base man will avoid
     you.


Every thing possible to be believ'd is an image of truth.


The eagle never lost so much time, as when he submitted to learn
     of the crow.




PLATE 9


The fox provides for himself. but God provides for the lion.    
Think in the morning, Act in the noon, Eat in the evening, Sleep
    in the night. 
He who has sufferd you to impose on him knows you.
As the plow follows words, so God rewards prayers.


The tygers of wrath are wiser than the horses of instruction


Expect poison from the standing water.                         


You never know what is enough unless you know what is more than
   enough.


Listen to the fools reproach! it is a kingly title!


The eyes of fire, the nostrils of air, the mouth of water, the
     beard of earth.


The weak in courage is strong in cunning.
The apple tree never asks the beech how he shall grow, nor the
     lion. the horse; how he shall take his prey.             
The thankful reciever bears a plentiful harvest.


If others bad not been foolish. we should be so.
The soul of sweet delight. can never be defil'd,


When thou seest an Eagle, thou seest a portion of Genius. lift up
     thy head!


As the catterpiller chooses the fairest leaves to lay her eggs
     on, so the priest lays his curse on the fairest joys.     


To create a little flower is the labour of ages.


Damn. braces: Bless relaxes.


The best wine is the oldest. the best water the newest.
Prayers plow not! Praises reap not!
Joys laugh not! Sorrows weep not!                              




PLATE 10


The head Sublime, the heart Pathos, the genitals Beauty, the
     hands & feet Proportion.
As the air to a bird or the sea to a fish, so is contempt to the
     contemptible.
The crow wish'd every thing was black, the owl, that every thing
     was white.


Exuberance is Beauty.


If the lion was advised by the fox. he would be cunning.       


Improvement makes strait roads, but the crooked roads without
     Improvement, are roads of Genius.                          


Sooner murder an infant in its cradle than nurse unacted desires 


Where man is not nature is barren.


Truth can never be told so as to be understood, and not be
     believ'd.


                                 Enough! or Too much
                          




PLATE 11                                                          
        
   The ancient Poets animated all sensible objects with Gods or
Geniuses calling them by the names and adorning them with the
properties of woods, rivers, mountains, lakes, cities, nations,
and whatever their enlarged & numerous senses could percieve.
   And particularly they studied the genius of each city &
country.  placing it under its mental deity.
   Till a system was formed, which some took advantage of &
enslav'd  the vulgar by attempting to realize or abstract the
mental deities from their objects: thus began Priesthood.
   Choosing forms of worship from poetic tales.
   And at length they pronounced that the Gods had orderd such 
things.
   Thus men forgot that All deities reside in the human breast.




PLATE 12
          A Memorable Fancy. 


   The Prophets Isaiah and Ezekiel dined with me, and I asked
them how they dared so roundly to assert. that God spake to them; 
and  whether they did not think at the time, that they would be 
misunderstood, & so be the cause of imposition.
   Isaiah answer'd. I saw no God. nor heard any, in a finite
organical perception; but my senses discover'd the infinite in
every thing, and as  I was then perswaded. & remain confirm'd;
that the voice of honest indignation is the voice of God, I cared
not for consequences but  wrote.
   Then I asked: does a firm perswasion that a thing is so, make
it so?
   He replied.  All poets believe that it does, & in ages of
imagination this firm perswasion removed mountains; but many are not capable of a firm perswasion of any thing.
   Then Ezekiel said. The philosophy of the east taught the first 
principles of human perception     some nations held one
principle for  the origin & some another, we of Israel taught
that the Poetic Genius (as  you now call it) was the first
principle and all the others merely  derivative, which was the
cause of our despising the Priests & Philosophers  of other
countries, and prophecying that all Gods [PL 13] would at last be
proved. to originate in ours & to be the tributaries of the
Poetic  Genius, it was this. that our great poet King David
desired so fervently  & invokes so patheticly, saying by this he
conquers enemies & governs kingdoms; and we so loved our God.
that we cursed in his name all  the deities of surrounding
nations, and asserted that they had rebelled; from these opinions
the vulgar came to think that all nations would at last be
subject to the jews.
   This said he, like all firm perswasions, is come to pass, for all
nations believe the jews code and worship the jews god, and what 
greater subjection can be.
   I heard this with some wonder, & must confess my own
conviction.  After dinner I ask'd Isaiah to favour the world with
his lost works, he said none of equal value was lost.  Ezekiel
said the same of his.
   I also asked Isaiah what made him go naked and barefoot three
years? he answerd, the same that made our friend Diogenes the
Grecian.
   I then asked Ezekiel. why he eat dung, & lay so long on his
right  & left side? he answerd. the desire of raising other men
into a  perception of the infinite this the North American tribes
practise. & is he honest who resists his genius or conscience.
only for the sake of present  ease or gratification?
              _______________________________________________


PLATE 14


   The ancient tradition that the world will be consumed in fire
at the  end of six thousand years is true. as I have heard from
Hell.
   For the cherub with his flaming sword is hereby commanded to 
leave his guard at the tree of life, and when he does, the whole 
creation will be consumed, and appear infinite. and holy whereas
it now  appears finite & corrupt.
   This will come to pass by an improvement of sensual enjoyment.
   But first the notion that man has a body distinct from his
soul, is to  be expunged; this I shall do, by printing in the
infernal method, by corrosives, which in Hell are salutary and
medicinal, melting apparent surfaces away, and displaying the
infinite which was hid.
   If the doors of perception were cleansed every thing would
appear  to man as it is: infinite.
   For man has closed himself up, till he sees all things thro'
narrow chinks of his cavern.




PLATE 15
          A Memorable Fancy


   I was in a Printing house in Hell & saw the method in which
knowledge is transmitted from generation to generation.
   In the first chamber was a Dragon-Man, clearing away the
rubbish from a caves mouth; within, a number of Dragons were
hollowing the  cave, 
   In the second chamber was a Viper folding round the rock & the 
cave, and others adorning it with gold silver and precious
stones.
   In the third chamber was an Eagle with wings and feathers of
air,  he caused the inside of the cave to be infinite, around were
numbers  of Eagle like men, who built palaces in the immense
cliffs.
   In the fourth chamber were Lions of flaming fire raging around
&  melting the metals into living fluids.
   In the fifth chamber were Unnam'd forms, which cast the metals 
into the expanse.
   There they were reciev'd by Men who occupied the sixth
chamber,  and took the forms of books & were arranged in
libraries.
         ____________________________________________________


PLATE 16


   The Giants who formed this world into its sensual existence
and  now seem to live in it in chains; are in truth. the causes
of its life & the sources of all activity, but the chains are,
the cunning of weak  and tame minds. which have power to resist
energy. according to the proverb, the weak in courage is strong
in cunning.
   Thus one portion of being, is the Prolific. the other, the
Devouring:  to the devourer it seems as if the producer was in
his chains, but it is not so, he only takes portions of existence
and fancies that the whole.
   But the Prolific would cease to be Prolific unless the
Devourer as a sea recieved the excess of his delights.
   Some will say, Is not God alone the Prolific? I answer, God
only   Acts & Is, in existing beings or Men.
   These two classes of men are always upon earth, & they should
be enemies; whoever tries [PL 17] to reconcile them seeks to
destroy existence.   
   Religion is an endeavour to reconcile the two.
   Note.  Jesus Christ did not wish to unite but to seperate
them, as in  the Parable of sheep and goats! & he says I came not
to send Peace  but a Sword.
   Messiah or Satan or Tempter was formerly thought to be one of
the  Antediluvians who are our Energies.




          A Memorable Fancy




  An Angel came to me and said. O pitiable foolish young man!
O horrible! O dreadful state! consider the hot burning dungeon
thou art preparing for thyself to all eternity, to which thou art
going in such career.
  I said. perhaps you will be willing to shew  me my eternal
lot & we will contemplate together upon it and see whether your
lot or mine is most desirable
  So he took me thro' a stable & thro' a church & down into
the church vault at the end of which was a mill: thro' the mill 
we went, and came to a cave. down the winding cavern we groped
our tedious way till a void boundless as a nether sky appeard
beneath us & we held by the roots of trees and hung over this
immensity; but I said, if you please we will commit ourselves
to this void, and see whether providence is here also, if you
will not I will? but he answerd. do not presume O young-man but
as we here remain behold thy lot which will soon appear when the
darkness passes away
  So I remaind with him sitting in the twisted [PL 18] root of
an oak. he was suspended in a fungus which hung with the head
downward into the deep:
  By degrees we beheld the infinite Abyss, fiery as the smoke 
of a burning city; beneath us at an immense distance was the sun,
black but shining[;] round it were fiery tracks on which revolv'd
vast spiders, crawling after their prey; which flew or rather
swum in the infinite deep, in the most terrific shapes of animals
sprung from corruption. & the air was full of them, & seemd
composed of them; these are Devils. and are called Powers of the
air, I now asked my companion which was my eternal lot? he said,
between the black & white spiders 
  But now, from between the black & white spiders a cloud and
fire burst and rolled thro the deep blackning all beneath, so
that the nether deep grew black as a sea & rolled with a terrible
noise: beneath us was nothing now to be seen but a black tempest,
till looking east between the clouds & the waves, we saw a
cataract of blood mixed with fire and not many stones throw from
us appeard and sunk again the scaly fold of a monstrous serpent.
at last to the east, distant about three degrees appeard a fiery
crest above the waves slowly it reared like a ridge of golden
rocks till we discoverd two globes of crimson fire. from which
the sea fled away in clouds of smoke, and now we saw, it was the
head of Leviathan. his forehead was divided into streaks of green
& purple like those on a tygers forehead: soon we saw his mouth &
red gills hang just above the raging foam tinging the black deep
with beams of blood, advancing toward [PL 19] us with all the
fury of a spiritual existence.
  My friend the Angel climb'd up from his station into the mill;
I remain'd alone, & then this appearance was no more, but I found
myself sitting on a pleasant bank beside a river by moon light
hearing a harper who sung to the harp. & his theme was, The man
who never alters his opinion is like standing water, & breeds
reptiles of the mind.
  But I arose, and sought for the mill, & there I found my
Angel, who surprised asked me, how I escaped?
  I answerd.  All that we saw was owing to your metaphysics: for
when you ran away, I found myself on a bank by moonlight hearing
a harper, But now we have seen my eternal lot, shall I shew you
yours? he laughd at my proposal: but I by force suddenly caught
him in my arms, & flew westerly thro' the night, till we were
elevated above the earths shadow: then I flung myself with him
directly into the body of the sun, here I clothed myself in
white, & taking in my hand Swedenborgs volumes sunk from the
glorious clime, and passed all the planets till we came to
saturn, here I staid to rest & then leap'd into the void, between
saturn & the fixed stars.
  Here said I! is your lot, in this space, if space it may be
calld, Soon we saw the stable and the church, & I took him to the
altar and open'd the Bible, and lo! it was a deep pit, into which
I descended driving the Angel before me, soon we saw seven houses
of brick, one we enterd; in it were a [PL 20] number of monkeys,
baboons, & all of that species chaind by the middle, grinning and
snatching at one another, but witheld by the shortness of their
chains: however I saw that they sometimes grew numerous, and then
the weak were caught by the strong and with a grinning aspect,
first coupled with & then devourd, by plucking off first one limb
and then another till the body was left a helpless trunk. this
after grinning & kissing it with seeming fondness they devourd
too; and here & there I saw one savourily picking the flesh off
of his own tail; as the stench terribly annoyd us both we went
into the mill, & I in my hand brought the skeleton of a body,
which in the mill was Aristotles Analytics.
  So the Angel said: thy phantasy has imposed upon me & thou
oughtest to be ashamed.
  I answerd: we impose on one another, & it is but lost time
to converse with you whose works are only Analytics.


          Opposition is true Friendship.


PLATE 21


  I have always found that Angels have the vanity to speak of
themselves as the only wise; this they do with a confident
insolence sprouting from systematic reasoning:
  Thus Swedenborg boasts that what he writes is new; tho' it
is only the Contents or Index of already publish'd books
  A man carried a monkey about for a shew, & because he was a
little wiser than the monkey, grew vain, and conciev'd himself as
much wiser than seven men.  It is so with Swedenborg; he shews the
folly of churches & exposes hypocrites, till he imagines that all
are religious. & himself the single [PL 22] One on earth that ever 
broke a net.
  Now hear a plain fact: Swedenborg has not written one new
truth: Now hear another: he has written all the old falshoods.
  And now hear the reason.  He conversed with Angels who are
all religious, & conversed not with Devils who all hate religion,
for he was incapable thro' his conceited notions.
  Thus Swedenborgs writings are a recapitulation of all
superficial opinions, and an analysis of the more sublime, but no
further.
  Have now another plain fact: Any man of mechanical talents
may from the writings of Paracelsus or Jacob Behmen, produce ten
thousand volumes of equal value with Swedenborg's.
and from those of Dante or Shakespear, an infinite number.
  But when he has done this, let him not say that he knows
better than his master, for he only holds a candle in sunshine.




          A Memorable Fancy


  Once I saw a Devil in a flame of fire. who arose before an
Angel that sat on a cloud. and the Devil utterd these words.
  The worship of God is.  Honouring his gifts in other men
each according to his genius. and loving the [PL 23] greatest men
best, those who envy or calumniate great men hate God, for there
is no other God.
  The Angel hearing this became almost blue but mastering
himself he grew yellow, & at last white pink & smiling, and then
replied,
  Thou Idolater, is not God One? & is not he visible in Jesus
Christ? and has not Jesus Christ given his sanction to the law of
ten commandments and are not all other men fools, sinners, &
nothings?
  The Devil answer'd; bray a fool in a morter with wheat. yet
shall not his folly be beaten out of him: if Jesus Christ is the
greatest man, you ought to love him in the greatest degree; now
hear how he has given his sanction to the law of ten
commandments: did he not mock at the sabbath, and so mock the
sabbaths God? murder those who were murderd because of him? turn away 
the law from the woman taken in adultery? steal the labor of others 
to support him? bear false witness when he omitted making a defence 
before Pilate? covet when he pray'd for his disciples, and when he 
bid them shake off the dust of their feet against such as refused to
lodge them? I tell you, no virtue can exis without breaking these 
ten commandments: Jesus was all virtue and acted from im[PL 24]pulse: 
not from rules.
  When he had so spoken: I beheld the Angel who stretched out
his arms embracing the flame of fire & he was consumed and arose
as Elijah.


  Note.  This Angel, who is now become a Devil, is my
particular friend: we often read the Bible together in its
infernal or diabolical sense which the world shall have if they
behave well  
  I have also: The Bible of Hell: which the world shall have
whether they will or no.


  One Law for the Lion & Ox is Oppression




PLATE 25
          A Song of Liberty


1.  The Eternal Female groand! it was heard over all the Earth:
2.  Albions coast is sick silent; the American meadows faint!
3   Shadows of Prophecy shiver along by the lakes and the rivers
    and mutter across the ocean! France rend down thy dungeon;      
4.  Golden Spain burst the barriers of old Rome;
5.  Cast thy keys O Rome into the deep down falling, even to
    eternity down falling, 
6.  And weep!                                                   
7.  In her trembling hands she took the new, born terror howling;
8.  On those infinite mountains of light now barr'd out by the
    atlantic sea, the new born fire stood before the starry king! 
9.  Flag'd with grey brow'd snows and thunderous visages the
    jealous wings wav'd over the deep.
10. The speary hand burned aloft, unbuckled was the shield,
    forth went the hand of jealousy among the flaming hair, and 
    [PL 26]hurl'd the new born wonder thro' the starry night.
11. The fire, the fire, is falling!
12. Look up! look up! O citizen of London. enlarge thy
    countenance; O Jew, leave counting gold! return to thy oil and
    wine; O African! black African! (go. winged thought widen his
    forehead.) 
13. The fiery limbs, the flaming hair, shot like the sinking sun
    into the western sea.
14. Wak'd from his eternal sleep, the hoary, element roaring
    fled away:
15. Down rushd beating his wings in vain the jealous king: his
    grey brow'd councellors, thunderous warriors, curl'd veterans,
    among helms, and shields, and chariots horses, elephants:
    banners, castles, slings and rocks,
16. Falling, rushing, ruining! buried in the ruins, on Urthona's
    dens.
17. All night beneath the ruins, then their sullen flames faded
    emerge round the gloomy king,
18. With thunder and fire: leading his starry hosts thro' the
    waste wilderness [PL 27]he promulgates his ten commands, 
    glancing his beamy eyelids over the deep in dark dismay,
19. Where the son of fire in his eastern cloud, while the
    morning plumes her golden breast,
20. Spurning the clouds written with curses, stamps the stony
    law to dust, loosing the eternal horses from the dens of night,
    crying


  Empire is no more! and now the lion & wolf shall cease.




          Chorus


  Let the Priests of the Raven of dawn, no longer in deadly
black, with hoarse note curse the sons of joy.  Nor his accepted
brethren whom, tyrant, he calls free; lay the bound or build the
roof.  Nor pale religious letchery call that virginity, that
wishes but acts not!


  For every thing that lives is Holy