La Berlue

Depuis qu'il pense et qu'il sait donc qu'il va mourir, l'homme a organisé son propre malheur, et celui de ses semblables.

Pensée et Langue sont une seule et même chose, plus liées entre elles que poule et oeuf. Le langage est constitué par les mots, et par leur arrangement dans la syntaxe. Les mots renvoient à leurs définitions (dictionnaire), et non au réel. La fonction 'définition' est récursive, aussi loin que ce sont des mots qui servent à définir les mots. Les fonctions récursives sont élégantes mais difficiles et dangereuses. Paradoxalement le sens des mots concrets est plus chargé de contexte que celui des mots abstraits, et appeller un chat un chat n'est qu' utopie si l'on désigne par là le bon sens : qu'est ce qu'un chat, au delà de ce que mes yeux voient, ce qui est très réducteur. Les mots désir, plaisir, liberté ont bien plus de sens intérieur, et on voit là les raison de l'errance finale de Platon, qui ne concevait le monde et le réel que comme ensemble d'idées.

Donc se comprendre est un exercice périlleux, sinon impossible.

Cette récursion, et la somme des complexités cachées qui en découle, qui fit ( trop ? ) parler les structuralistes nous atteint hélas en plein : la Communication, la Publicité s' en servent pour rouler les mots dans la farine de l'élipse, de la métaphore, du non-sens, et il faut en oublier, afin de provoquer les parties tendres de notre conscience, et de les conduire, troupeau neuronal qui vaut celui de Panurge, à plonger sans réfléchir dans la mer du shopping. Ce crime contre l'humanité des mots, qui en vaut bien d'autre de histoire récente, se déchaine aujourd'hui dans sa plus grande violence.(les animaux malades de la peste communicative).

Ce qui est fait de manière déraisonnable conduit généralement à la catastrophe. Mais la raison est faite de langage et pensée, strictement constitué par eux. Un jansénisme moderne, dans ce que le jansénisme eut de meilleur (faire le bon et le bien sans tenir compte de la grâce, ni de la prédestinnation ), est contenu dans cet axiome. Si le vrai, ou son approche, est colonne vertébrale de la raison, c'est un épouvantail qui se forme au fil des couches idéologiques qu'y dépose l'histoire.

"Dans un monde réellement inversé, le vrai n'est qu'un moment du faux"

Ainsi l'acte le plus subversif peut se transformer en extrême soummission en actes, la Libération en prison lugubre, et d'une manière générale les témoins, appuis, garde-fou de notre société se métamorphoser en choses molles et nous précipiter inéluctablement dans la chute, dans la multitudes des rechutes qui font craindre l'impossibilité de guérison.

Internet est un moment de ce paradigme. L'obligation de s'y exprimer par écrit, et avec peu de chichis, le borne dans sa puissance commerciale, ce qui le décale un peu et pour quelques temps de la société marchande et spectaculaire, à la différence du reste de l'audiovisuel dont l'usage n'est plus que ver et hameçon virtuels, qui nous laisse pantelant devant la marchandise surfétichisée. Pour l'instant considérons que l'araignée est un foetus pas encore prédateur, et la toile, de son joli nom le web un espace solide pour une parole sur la raison contemporaine, un lieu d'écriture d'une critique de la raison cyber.

La philosophie commence toujours par analyser son support, ce qui est parfois rebutant. C'est qu'elle a compris, et bien avant tout le monde, à quel point le média transforme le discours. Ce qui se donne à voir, et a entendre, sur la toile est appellé multimédia ( vilaine redondance commerciale, en ce que media est déjà pluriel ) et son accès prétend à des caractéristiques inouïes : en effet il semble échapper, ou plutôt nous faire échapper, au temps et àla distance, dont les primitives pourraient être l'histoire et la géographie.

La philosophie a horreur du trop-plein. Elle ressemble en celà aux autres jeux de l'esprit.Que serait un jeu d'échecs sur un échiquier 128*128, avec des règles de jeux en nombre aussi grand, que deviendrait une axiomatique avec 10000 postulats ? Il y a une limite (molle) ou l'on parlera de Complexité, en pensant sincèrement avoir dit quelque chose de sensé et d'intéressant. Ce qui compte n'est pas la complexité réelle mais la complexité perçue et ce qui est réellement dit par là exprime une fatigue essentielle de l'esprit.
La science est constitué sur une détermination: légiférer le réel. Les lois de la science sont constituées de la même expérience que la loi humaine formalisée par le Droit : la dernière tente de suivre la morale comme le chien son maître, l'autre la réalité perceptible ramenée à une de ses composante 'pure', dont l'évidence expérimentale permet la prédiction d'une composante du réel.

Si vous lisez ce texte, vous êtes sur le réseau. Et donc vous savez la quantité de choses absurdes qui se disent sur le dit, dans les autres média. Vous êtes habitués à la grande lenteur de ce qui devrait être "temps réel", à la mauvaise qualité du son et à la faiblesse de la vitesse des transfers vidéo, etc ... bref vous êtes habitués à des inconvénients qui sont cachés dans le discours de communication hystérique d'enthousiasme sur le réseau. Mais ce n'est qu'un début, et les problèmes techniques se résolvent.Avec le nombre effayant d'utilisateurs à  venir les problèmes seront d'un tout autre ordre... Une Scolastique cyber se crée et se développe sous vos yeux, et le mensonge n'en n'est plus un lorsqu'il devient croyance générale.

La numérisation du monde défini comme réel développera un discours pseudo absolument délirant.

Notre époque entre sûrement et assez rapidement dans un nouveau moyen-âge, c'est à dire un âge qui rompt avec la raison ( et le réseau n'est pas du tout le responsable, mais son usage tel qu'on peux déja l'entrevoir). Cet éblouissement d'opacité que nous nommons berlue sera notre fil d'Ariane, le mensonge sur le net comme maqette du mensonge noyeau du Langage des humains.